FAYL-BILLOT AU COURS DES SIECLES
LES INDUSTRIES ANCIENNES

LE TOURNAGE DU BOIS ET LA FABRICATION DES CHAISES PAILLEES ET CANNEES

Pendant des siècles le métier de "TOURNEUR EN BOIS" et celui de "CHAISIER " se confondent. Au Fayl et dans la région, les "CHAISIERS" sont dénommés "TOURNEURS EN BOIS" jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Le dictionnaire de la langue française de Pierre RICHELET, édité en 1680, nous révèle l'existence de deux classes de TOURNEURS et nous en donne la définition suivante :

"TOURNEUR EN BOIS" artisan qui façonne du bois au tour et qui fait tables, chaises, guéridons, armoires et cabinets de bois de noyer et pour cela on l'appelle quelquefois TOURNEUR EN BOIS DE NOYER, pour le distinguer du TOURNEUR EN BOIS BLANC qui ne fait que des chaises de paille, sans être tournées, des échelles et autres choses de bois blanc."

De toute évidence, les modestes TOURNEURS du Fayl appartiennent à la seconde classe.
Durant tout le Moyen Age ces artisans du bois ne produisent que des objets tournés et quelques petits sièges rustiques : SELLES et ESCABEAUX. Certains historiens pensent que le façonnage des chaises paillées n'aurait commencé, en France, qu'au XVIème siècle .
A Paris et dans les grandes villes, la fabrication des "SIEGES MAJEURS" relève du domaine des "MENUISIERS EN MEUBLES" groupés le plus souvent au sein d'une corporation.

LES SIEGES A TRAVERS LES AGES

Selon les époques, les sièges répondent à des préoccupations d'ordres différents : facilité de transport et réduction de l'encombrement au début du Moyen Age (on se déplace avec son mobilier); impératifs hiérarchiques quelques siècles plus tard, soucis de confort et d'esthétique à partir de la Renaissance. L'évolution de l'outillage influe aussi sur les techniques de fabrication.

A l'époque gallo-romaine, on s'assoit sur des petits BANCS, des TABOURETS et des sièges pliants.

En Europe occidentale on utilise,au début du Moyen Age, le "FAUDESTEUIL", sorte de siège pliant dont la forme se rapproche de celle du siège baptisé "DAGO-BERT", du nom du "Bon Roy": Ce "FAUDESTEUIL" (altération du francique "FADISTOL" signifiant siège pliant) devient, au milieu du XVIIème siècle, le "FAUTEUIL" avec dossier et accoudoirs; il n'est plus pliant.

A la "CHAYERE", siège à panneaux des XIème, XIIème et XIIIème siècles, succède la "CHAIRE", siège surélevé à haut dossier, comportant un coffre entre les pieds. Ce siège imposant, très décoré, est le symbole de l'autorité du "Maître" : "parler EX CATHEDRA", parler du haut de la chaire"! Le mot "CHAIRE" est dérivé du latin "CATHEDRA" qui désigne le siège à haut dossier.

Parmi les sièges communs on trouve :
- le"BANC", sorte d'AIS (planche) épais posé sur quatre pieds. Il est accompagné de"l'ARCHEBANC" qui comporte un coffre entre les pieds (latin "ARCA" = coffre).
- La "SELLE", siège modeste d'usage courant, composé d'un plateau rond supporté par trois pieds obliques.
- "L'ESCABEAU", siège à quatre pieds, sans dossier ni accotoir.("SCABEL" au XIIè siècle et "ESCABELLE" au XIVè siècle).
- La "CHAISE" originaire d'Italie- siège à haut dossier mais dépourvu de bras, est introduite en France vers le XVè siècle ? (CHAISE: diminutif de CHAIRE).

La "CHAISE BASSE" trouve sa place au coin de l'âtre au début du XVIIème siècle; elle deviendra notre chauffeuse.
Elle est à l'usage des femmes vêtues du "VERTU-GADIN", jupe à panier métallique très encombrant qui ne permet pas de s'asseoir sur un siège muni de bras. ("VERTUGADIN" mot d'origine espagnole = "VERDUGADO").
- La "CHAISE A BRAS", sans coffre entre les pieds, remplace la "CHAIRE" au XVIème siècle.

La RENAISSANCE bouscule les traditions françaises solidement établies depuis de longs siècles. Les artistes étrangers invités par les Rois de France et les Nobles, font évoluer les formes des sièges et les techniques de construction. Les influences Italienne, Espagnole et Flamande sont très fortes. On "embourre" le fond du siège de crin et de laine pour le rendre plus confortable. Le cuir est employé aussi pour le garnissage ;il est remplacé au XVIIème siècle par les velours et les tapisseries.

Les sièges communs fabriqués par les tourneurs subsistent dans les intérieurs bourgeois jusqu'au début du XVIIIème siècle. Ces sièges dont la "chaise basse" ont un fond de paille ou de jonc; ils sont souvent appelés "sièges à la CAPUCINE", expression venue d'Italie qui désigne en général le mobilier modeste fabriqué par les "CAPUCINS", religieux réformés de l'ordre de Saint-François. ( en italien "CAPPUCINO", religieux porteurs de la "CAPUCE", capuchon taillé en pointe).

Quant aux "petites gens", ils sont condamnés durant des siècles à s'asseoir sur les "BANCS", les "ESCABELLES" et les "SELLES" qui sont les éléments essentiels du mobilier paysan.

Au XVIIème siècle arrive le "ROTING", sorte de palmier-liane importé d'Asie par les navigateurs hollandais et anglais. (ROTING mot issu du Malais ROTTANG - 1615). Le "ROTIN" est employé sous forme "d'ECLISSES" (1) pour garnir le dossier et le fond des sièges. Ces tressages "d'ECLISSES" ne sont en réalité que des imitations des tressages réalisés en vannerie par les Malais. Le "CANNAGE" éclipsé en France à la fin du XVIIème siècle, connaît une très grande vogue au XVIIIème siècle. Les menuisiers et les ébénistes introduisent les sièges "cannes" dans les demeures les plus somptueuses. Fauteuils, chaises, voyelles, cabriolets, veilleuses, banquettes, duchesses, canapés etc garnis de "CANNAGE" trônent dans les salons des châteaux et des hôtels particuliers.

Sous la Révolution, le Directoire et le Premier Empire, les importations de "ROTIN" sont suspendues et le "CANNAGE" est abandonné. Il revient sous le règne du roi Louis-Philippe et de l'Empereur Napoléon III et retrouve un certain succès à la fin du XIXème siècles et au début du XXème siècle. Il garnit les sièges de style Renaissance (Henri II) et les meubles en bois "courbé" créés dans la seconde moitié du XIXème siècle par l'artiste ébéniste Michael THONET de Vienne (Autriche). Ces meubles nouveaux, légers et démontables, accusent des courbures très audacieuses qui s'allient harmonieusement au "CANNAGE"; ils provoquent un véritable engouement dans la société bourgeoise. Fauteuils, chaises et rocking-chairs "cannés" font fureur en France et dans beaucoup de pays jusqu'à la guerre de 1914. Aujourd'hui la célèbre "CHAISE-BISTRO" sort des oubliettes; on la restaure et on en fait de multiples copies en bois, en métal et même en plastique.

Les décorateurs français des années 1920 - 1930 et ceux des années 1950 découvrent, à leur tour, dans le "cannage" un genre de garniture léger et esthétique qu'ils associent avec bonheur au bois et au métal.

De nos jours le "cannage" demeure un des revêtements traditionnels des sièges de style. Il trouve aussi son emploi dans le garnissage de certains meubles contemporains. Le "tressage manuel" se perpétue dans la restauration des sièges anciens, mais dans le domaine industriel il est concurrencé par une technique d'exécution expéditive qui consiste à découper des panneaux dans des bandes de cannage tressées mécaniquement et à les fixer par collage sur le fond et le dossier des sièges. Ces bandes de cannage "mécanique" sont importées en rouleaux de Malaisie et des Philippines.

(l) ECLISSES : fines lamelles de rotin, d'osier etc.

.Références :

Le mobilier français - LES SIEGES par Guillaume JANNEAU -1967

Dictionnaire de la langue française - Pierre RICHELET -1680

Dictionnaire français-latin par L. QUICHERAT et Emile CHATELIN - 1893

Dictionnaire ROBERT.

Encyclopédie LAROUSSE.

L'ARTISANAT AU TEMPS PASSE

Aspects socioprofessionnels.

Jusqu'au début du XXème siècle on distingue deux catégories d'artisans:
les artisans ruraux et les artisans urbains.

Les artisans ruraux. Considérés bien souvent comme "artisans-paysans" ils servent pendant des siècles une grande partie de la population française. Très proches du monde paysan, vivant avec lui en une sorte de symbiose, ils savent orienter leur production vers l'utile et les besoins immédiats. Les liens sont directs entre fabricants et utilisateurs et une parfaite compréhension règne.

Ces "doubles-actifs" - pour utiliser une expression de notre temps s'adonnent aux travaux champêtres à la belle saison et exercent en hiver une activité artisanale qui leur rapporte un peu d'argent.

Une production agricole, légumes et fruits, et un petit élevage, assurent à cette catégorie de travailleurs une certaine autonomie alimentaire. La femme et les enfants prennent soin de quelques animaux domestiques : volailles, lapins, porc et parfois une vache.

Durant des siècles, telle est la façon de vivre de bon nombre de charrons, de forgerons, de menuisiers, de bourreliers, de sabotiers, de tisserands etc Les"cultivateurs-couteliers" de la région de logent et les "cultivateurs-osiéri-culteurs-vanniers" de nos pays représentent au XIXème siècle et encore au début du XXème siècle, le type même de ces "artisans-paysans" auxquels on peut associer une partie des "tourneurs-chaisiers".

Les artisans urbains Ces travailleurs ont un mode de vie assez différent de celui de leurs homologues ruraux, tant dans le domaine professionnel que dans le domaine social. Ils constituent souvent un type d'artisanat "groupé" soumis dans les villes d'une certaine importance à des règlements sévères édictés par le corporatisme et auxquels il est bien difficile d'échapper (jurandes et maîtrises). Malgré une tentative de suppression des corporations (Edit de février 1776), cette emprise des groupes sur l'individu se maintient jusqu'à la Révolution de 1789.

Parmi ces artisans, rares sont ceux qui disposent d'un grand jardin et peuvent procurer à leur famille une ressource alimentaire d'appoint. En revanche, presque tous connaissent parfaitement leur métier et en assurant une production régulière et de qualité ils se placent, en principe, au service des gens fortunés : nobles., et bourgeois. De leurs rangs émergent les "Maîtres" et les "artistes".

La transmission des connaissances.

Dans les villes l'apprentissage sous contrat est de règle. Le père artisan transmet son acquis à ses fils mais les envoie parfaire leur formation chez des collègues.

A la campagne, en l'absence d'association corporative , les formalités sont simplifiées. Elles se limitent la plupart du temps à une convention verbale bilatérale, passée entre les parents de l'apprenti et le maître d'apprentissage. La durée moyenne de l'apprentissage est de trois ou quatre ans.

Pour de nombreux métiers le COMPAGNONNAGE est le principal agent de transmission et de perfectionnement des connaissances. Les rencontres et les échanges facilités par les grandes foires et les marchés, permettent aussi le rayonnement du savoir.

L'enseignement technique ne sera organisé qu'à la fin du XIXème siècle. En 1898 seront créées les Chambres de Commerce et d'Industrie et en 1925, seulement, les Chambres des Métiers. Leur rôle consiste à sauvegarder les intérêts professionnels et économiques des commerçants, des industriels et des artisans et à organiser l'apprentissage.

LE TOURNAGE DU BOIS. LES TOURNEURS DE FAYL - BILLOT

Les techniques de tournage de l'os, de l'ambre, de la pierre, du bois et des métaux étaient bien connues des civilisations antiques d'Asie, d'Europe Centrale et du Bassin méditerranéen. Elles se sont répandues dans notre pays lors des grandes migrations humaines.

La présence de matières premières propres à l'usinage fut souvent à l'origine de la formation de communautés de TOURNEURS. Le Fayl, pays de grandes forêts aurait semble-t-il vécu au Moyen Age ce phénomène socio-économique. Dans un acte dresse-en l'an 1413 où il est question des bois, il est dit ceci :

" Les habitants de Fayl sont en possession de les COPER (les bois), faire COPER, ESQUARRER, CHARROIER, faire CHARROIER pour maisonner, vendre, chauffer, TOURNER et appliquer à leur profit tant commun comme particulier." (Abbé Briffaut - Histoire de Fayl-Billot)

On peut donc croire qu'à cette époque il existait déjà des "TOURNEURS EN BOIS" dans le village et que ces ouvriers pouvaient prendre librement le bois qui leur convenait pour leurs travaux dans la foret communale (charte d'affranchissement de 1324) et aussi dans les bois seigneuriaux sous réserve de respecter les "quatre-fontes" qui étaient : le chêne, le hêtre, le pommier et le poirier. Cette restriction sombrera dans la caducité aux siècles suivants avec le défrichement quasi-total des bois seigneuriaux dont il ne subsistera en 1791 que les quatre hectares du Bois Banal.

Les objets tournés.

Au Moyen Age, ouvriers et paysans font grand usage d'objets ménagers en bois. Les poteries sont utilisées pour contenir et conserver certaines denrées alimentaires. Les ustensiles de cuivre, d'étain et de verre sont encore l'apanage des classes privilégiées et ne pénètrent dans les chaumières qu'aux XVlIème et XVIIIème siècles. La faïence, fragile et très coûteuse, ne se répand dans les villages qu'au XIXème siècle.

Les " TOURNEURS EN BOIS " fabriquent donc quantité de godets, d'écuelle, de plateaux, de jattes, de cuillères, de poches, de pelles etc. en bois de hêtre bien sec et en divers bois dont les veines bien marquées forment de beaux dessins:
orme et fruitiers. Les jattes, les écuelles, les godets, les plateaux sont polis et enduits de cire d'abeille. Certains TOURNEURS sont spécialisés dans la fabrication des "ROUETS" en bois de noyer, de poirier ou de cerisier; ils sont appelés "ROUETTIERS". D'autres façonnent dans le bois d'orme et de charme, des moyeux de roues et des poulies; dans le sorbier, le buis et le cornouiller ils font des vis, des presses, des manches d'outils et des bibelots.

Bon nombre de ces objets sont échangés dans les campagnes contre des denrées alimentaires (toujours le troc !). Des marchands-routiers les "lèvent" chez les ouvriers et les vendent sur les foires et les marchés. On les trouve aussi dans les magasins de quincaillerie des villes, surtout à DIJON et à LYON. Après la guerre de l870, les négociants en vannerie et en chaises du Fayl les expédient par chemin de fer dans toute la France (Abbé Briffaut - La saliciculture et la vannerie à Bussières-lès-Belmont - l873).

L'outillage du tourneur.

Du Moyen Age jusqu'au XIXème siècle, les TOURNEURS des campagnes disposent d'outils simples et traditonnels qui sont classés, selon leur usage, en trois groupes:
- Les outils de débit : Les haches et le"coutre" pour tailler le bois; les scies à débiter, à refendre et à chantourner pour débiter les pièces de bois.
- Les outils de tournage et de façonnage : Le tour à perche avec tous les outils d'usinage, ciseaux, gouges, rouannes, grains d'orges etc. Râpes, limes.
- Les outils de perçage : la perceuse à archet et ses mèches spéciales, les vilebrequins.
(évolution de l'outillage : voir pages suivantes la fabrication des sièges)

II LA FABRICATION DES SIEGES PAILLES ET CANNES

LES CHAISIERS. Généralités.
Le mot "CHAISIER" n'apparaît dans le vocabulaire français que vers 1820 et dans le parler local qu'à la fin du XIXème siècle.

On ne sait à quelle époque précise les TOURNEURS du Fayl se sont mis à fabriquer des chaises paillées, vraisemblablement au XVIIème siècle, peut-être au XVIème ?

L'origine des sièges paillés est très controversée. Certains auteurs pensent que leur fabrication aurait débuté au Moyen Age en Europe Centrale, peut-être en Hongrie, et qu'elle serait arrivée en France au XVIème siècle par l'intermédiaire d'ouvriers Italiens? Des historiens prennent comme témoins des peintures représentant des intérieurs flamands pour attribuer la fabrication de ces sortes de sièges aux Flamands et aux Espagnols ? (Rappelons la présence espagnole en Flandre au cours du XVIème siècle.)
Le doute subsiste et la prudence s'impose !

Les chaisiers ambulants.

Pendant plusieurs siècles et jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale, des chaisiers ambulants Italiens, originaires de Vénétie, franchissent les cols des Alpes, s'engagent dans la vallée du Rhône et se dispersent dans une grande partie de la France. Ils s'installent temporairement dans nos villages et dans les faubourgs des villes par équipe de trois ouvriers, fabriquent et vendent sur place leur production. Ils quittent les lieux après avoir bien prospecté la région et poursuivent leur tournée en quête de nouveaux clients.

Dans chaque équipe il y a un "refendeur-planeur" qui prépare les bois, un"monteur" qui les assemble et un "pailleur", souvent adolescent. Ces ouvriers emploient indifféremment toutes essences de bois qu'ils prélèvent dans les tas destinés au chauffage, choisissant les morceaux les mieux appropriés par leur forme naturelle pour faire les pièces courbes ou galbées : montants et traverses de dossier par exemple. Les bois sont fendus à la hache et au "DEPARTOIR" en suivant le fil, selon la technique des "MERRANDIERS". Les morceaux obtenus sont ensuite façonnés à la "PLANE" sur un "BANC A PLANER" appelé dans certaines régions "LA CHEVRE" ou simplement "LE CHEVALET". Les barreaux, les traverses sont en bois sec et les pieds en bois vert. Les mortaises pratiquées au "BEDANE" et au "VILEBREQUIN" dans les pieds et les montants du dossier, se resserrent au cours du dessèchement du bois vert et cet assemblage, bois vert sur bois sec, assure le blocage des pièces, l'équerrage et la bonne tenue de la carcasse de la chaise sans avoir recours à la colle. Le fond est garni de "LAICHE" (1) ou de paille de seigle, grossièrement cordées, (voir pages suivantes l'outillage des chaisiers).

Ces chaisiers ambulants ont-ils introduit la fabrication des sièges paillés dans notre région ?? Ont-ils été,eux-mêmes,les héritiers des CAPUCINS ?

Les "TOURNEURS" du Fayl ont-ils bénéficié à une certaine époque de l'apport technique de professionnels qualifiés, spécialisés dans la fabrication des sièges paillés ?

Aucun document ne permet, jusqu'à présent, de répondre avec certitude à ces questions !

Au milieu du XIXème siècle quelques "TOURNEURS-CHAISIERS" quittent le Fayl pour aller travailler à Paris. Dans la capitale ils enrichissent leurs connaissances professionnelles au contact des artisans ébénistes établis au Faubourg Saint-Antoine et dont ils sont parfois les auxiliaires. En possession de techniques raffinées, quelques-uns uns reviennent au pays et y introduisent la fabrication des chaises cannées de style Restauration et Second Empire.
(2) Des exemplaires de ces sièges de style se voient encore dans certaines demeures du Fayl et de la région.
(1) LAICHE : mot d'origine germanique. En latin populaire LISCA. Nom du CAREX qui croit en touffes au bord de l'eau.
(2) Parmi ces chaisiers citons Claude MIOT, grand-père de monsieur René MIOT menuisier et de madame Yvonne MIOT épouse FERRAND.

LES CHAISIERS DE FAYL - BILLOT ET LEURS FABRICATIONS

A la fin du XIXème siècle la production des chaisiers du Fayl est assez diversifiée. Elle s'échelonne des modestes sièges rustiques aux élégantes chaises de style "cannées". Les chaises constituent la plus grande partie de la production; elles sont classées en trois catégories :

- Les chaises rustiques en bois blanc. On les appelle "chaises rouges" quand elle sont fabriquées en bois de verne rouge. Le hêtre, considéré pendant longtemps comme un bois de peu de valeur, est souvent employé. Leur fond est garni de LAICHE ou de paille de seigle cordées simplement sans enrobage. Ces chaises sont fabriquées le plus souvent par des chaisiers "temporaires".

- Les chaises communes de belle qualité. Elles sont montées généralement en bois de frêne, quelquefois en fruitier. Leur fond est garni de paille de seigle finement cordée; l'âme du cordon est enrobée d'une paille fendue rubanée, soufrée ou teinte. Cette catégorie de chaises constitue la majeur partie de la production des artisans chaisiers.

- Les chaises de style d'inspiration Second Empire, Louis-Philippe et Restauration.(Charles X).Elles sont fabriquées en bois de fruitier : noyer, cerisier, poirier. Le fond est finement paillé (style Restauration) ou canné (styles Louis-Philippe et Second Empire).

La production des chaises de style est assez limitée; elle s'adresse à une clientèle particulière et aux grands magasins d'ameublement, (voir dessins pages suivantes).

Les techniques.

Fabrication d'une chaise.

Méthode ancienne. L'outillage utilisé.

Les principales étapes du travail sont les suivantes :

- Traçage des pièces sur le bois d'œuvre à l'aide de gabarits: pieds,dossier etc

- Débitage des pièces, chantournage Outils utilisés : scie à débiter, scie à refendre, scie a chantourner et compas d'épaisseur.

- Façonnage des pièces, profilage, modelage, mortaisage, tenonnage, perçage, rainurage etc. Outils utilisés : planes, rabots, guillaumes, bouvets, feuillerets, trusquins, maillet, ciseaux, gouges, scie à main, scie à découper, scie à araser, bédane, vilebrequin et mèches, perceuse à archet et mèches, râpes, racloir, polissoir, guimbarde.

- Tournage des barreaux et éventuellement des pieds sur le tour à perche ou le tour à pédale (chaises Second Empire.

- Montage de la chaise et collage des pièces. Outils utilisés : maillet, presses, équerres, marteaux.

- Finitions : Ponçage (au papier de verre), teinture, encaustiquage ou vernissage.

- Garnissage du fond : paillage ou cannage (voir pages suivantes).

Evolution de l'outillage du chaisier au XIXème et au XXème siècles.

Dans la deuxième moitié dû XIXème siècle l'outillage se perfectionne et les techniques de fabrication aussi. Beaucoup de tours sont actionnés au pied; une pédale transforme le mouvement rectiligne alternatif en mouvement circulaire continu par l'intermédiaire d'une bielle. Un système de transmission par courroie ou par engrenage multiplie la vitesse de rotation. C'est un progrès important par rapport au tour à perche qui ne permet de tailler la "pièce" que lorsque le pied du tourneur appuie sur la pédale pour faire infléchir la perche. Quand la perche se redresse la pièce usinée tourne à contresens et l'ouvrier doit reculer son outil; on dit alors qu'il "travaille au demi-tour".

Les premières scies à ruban à pédale font leur apparition et avec elles les perceuses à manivelle baptisées "CHIGNOLES". La scie circulaire dont la vitesse de coupe doit être très supérieure à celle de la scie à ruban est déjà présente dans les scieries mécaniques et avec elle la scie à débiter alternative animée d'un mouvement pendulaire. Ces machines-outils sont mues soit par l'énergie hydraulique (mouvement donné initialement par une roue à aubes), soit par un moteur à vapeur. La scie circulaire ne pénètre dans les échoppes des chaisiers et des menuisiers qu'à la fin du XIXème siècle en même temps que les moteurs à gazogène alimentés au charbon de bois; ces moteurs sont détrônés au début du XXème siècle par les moteurs à pétrole et à essence. Les moteurs électriques n'interviendront qu'après la guerre de 1914.

L'électrification du Fayl envisagée par le Conseil Municipal dès 1895 ne sera réellement entreprise qu'en 1912-1913. Une petite usine autonome est installée dans un bâtiment annexe de l'ancien presbytère. Elle fournit un courant continu de 220 volts à partir d'une dynamo actionnée par un moteur à gazogène.

Des batteries d'accumulateurs d'énergie électrique assurent, en cas de panne, l'alimentation du secteur pendant 18 heures.


Les produits de finition employés au XVIIIème et au XIXème siècles
Colles - Teintures - Encaustique - Vernis.

La colle forte. Elle est fabriquée à partir de rognures de peaux d'animaux, d'oreilles de bovins, de tendons, bouillis, filtrés et réduits jusqu'à l'obtention d'une gelée qui se solidifie en se refroidissant.

La colle d'os est obtenue par extraction de la gélatine qui adhère aux os. C'est la plus employée pour l'assemblage des pièces de bois.

Préparation de la colle. La colle est vendue au poids sous forme de plaquettes plus ou moins translucides. Ces plaquettes sont fondues au bain-marie dans de l'eau. La quantité d'eau varie avec la nature de la colle et la force adhésive que l'on désire obtenir. Le collage se fait à chaud; Pour cette raison le pot à colle est posé en permanence sur le poêle de l'atelier.

La teinture des bois. Les teintures s'emploient à froid ou à chaud selon leurs composants. Leur application se fait soit par bain (procédé peu usité par les chaisiers) soit par badigeonnage au pinceau ou à l'éponge et par couches successives. Les recettes de teintures sont nombreuses. Sur certains bois durs il est nécessaire de pratiquer une opération préliminaire appelée "MORDANCAGE".

On incorpore parfois le "MORDANT" à la teinture; les deux opérations "MORDANCAGE" et "TEINTURE", se font alors simultanément. Les "MORDANTS" employés sont des solutions d'ALUN ou de IAIT DE CHAUX. Dans quelques cas particuliers on blanchit le bois au préalable avec de la soude en cristaux ou du chlorure de chaux dissous dans l'eau.

Presque toutes les chaises sont teintes en brun nuancé; quelques chaises de style le sont en acajou, en palissandre ou en noir. Le noir est très à la mode sous le Second Empire.

- La teinture brune est obtenue en dissolvant des grumeaux de BROU DE NOIX dans l'eau, ou en faisant bouillir de l'eau avec des écorces de chêne ou de noyer ou du BOIS DE CAMPECHE.

- La teinture acajou est donnée au bois de merisier et à d'autres bois non tanniques avec une solution de ROCOU, de BOIS DE BRESIL, additionnée d'ESPRIT DE VIN.

- La teinte palissandre est obtenue sur le bois de noyer par application d'une décoction de BOIS DE BRESIL additionnée de potasse.

- Le noir est le résultat de plusieurs procédés:

a) Application à chaud sur le bois d'une solution de NOIX DE GALLE, de COUPEROSE VERTE (sulfate de fer) rehaussée par une dissolution de limaille de fer dans du vinaigre.

b) Décoction de BOIS DE CAMPECHE enrichie d'une infusion de limaille de fer (dans du vinaigre) et d'ALUN.

La teinture noire prend très bien sur le hêtre, l'érable et les bois blancs. Le noyer et le poirier teints en noir donnent une parfaite imitation de l'EBENE.

L'encaustique. Celle employée pour les meubles est à base de cire d'abeille dissoute au bain-marié dans de l'essence de térébenthine avec, éventuellement, adjonction d'un colorant. Son application se fait au pinceau (cire chaude liquide) ou au tampon (cire froide pâteuse).

Les vernis. Ils ne sont appliqués que sur les chaises de style. Ce sont des solutions de résines et de gommes naturelles dans des dissolvants appropriés : essences et alcools. Ils sont étendus au pinceau, à l'éponge fine ou au "tampon" (linge usagé ou vieux tricot de laine). Le vernissage au "tampon" est une opération délicate.

Les principaux vernis employés en chaiserie au XVIIIème et au XIXème siècles sont les suivants :
a) Vernis siccatif composé d'alcool à 40°, de MASTIC, de SANDARAQUE et de térébenthine de Venise.
b) Vernis pour bois de couleur foncée composé d'alcool à 40°, de SANDARAQUE, de MASTIC, de BENJOIN et de térébenthine de Venise.
c) Vernis à la GOMME-LAQUE dissoute dans l'alcool et la térébenthine de Venise. Son application se fait à chaud.

Références
: Manuel de l'ébéniste par MM. NOSBAN et MAIGNE - Encyclopédie technologique RORET (Nicolas RORET : 1797-1860. Editeur d'une importante série de manuels).
LEXIQUE: ESPRIT-DE-VIN : alcool éthylique. ESPRIT-DE-BOIS : alcool méthylique.ESPRIT-DE-SEL : acide chlorhydrique étendu d'eau.COUPEROSE VERTE : sulfate de fer. COUPEROSE BLEUE : sulfate de cuivre. LAIT DE CHAUX : hydroxyde de calcium dans l'eau. BOIS DE CAMPECHE : arbre d'Amérique tropicale dont le bois contient une substance colorante rouge. BOIS DE BRESIL : bois renfermant un colorant rouge vif. ROCOU : colorant rouge orangé extrait des graines du ROCOUYER, arbrisseau d'Amérique tropicale. SANG-DRAGON : gomme rouge foncé fournie par le DRAGONNIER, arbre tropical. GOMME LAQUE : sécrétion produite par la COCHENILLE, insecte hémiptère. MASTIC : résine jaunâtre donnée par une espèce de pistachier. BENJOIN : résine provenant du STYRAX ou ALIBOUFIER, arbre des Indes. SANDARAQUE : résine provenant d'une espèce de THUYA. TEREBENTHINE DE VENISE : essence extraite de la résine du MELEZE et du PIN LARICIO.

( Encyclopédie Louis FIGUIER - LES MERVEILLES DE L'INDUSTRIE - l880 ) ( Dictionnaire encyclopédique LAROUSSE - Fin XIXème siècle )

 

Le garnissage des sièges.
Presque toutes les chaises fabriquées au Fayl ont un fond de "paille":seules les chaises de style Louis-Philippe et Second Empire reçoivent un revêtement "canné". Le plus souvent, le garnissage des sièges est réalisé par l'épouse du chaisier aidée de ses enfants.

Le paillage.
La paille de seigle est la plus convenable pour ce genre de garnissage et le travail se fait en trois temps :
Préparation de la matière - garnissage - rembourrage.

a) Préparation de la matière d'oeuvre. La pailleuse trie d'abord la paille. Le pied des plus beaux brins -tronçons compris entre deux nœuds- est destiné a l'enrobage du cordon; pour donner plus d'éclat à ces tronçons de paille on les blanchit au soufre. Au moment de leur emploi ils sont mouillés, fendus avec l'ongle du pouce et déroulés pour obtenir une sorte de ruban qui sert à enrober "l'âme" du cordon. ( La paille est soufrée dans un tonneau).

L'épi et la cime sont éliminés et la partie centrale de la tige de seigle est utilisée pour faire "l'âme" du cordon. Elle est mouillée et écrasée sur une pierre à l'aide d'un maillet.

b) Garnissage. Le siège (chaise ou fauteuil) est installé sur un support pivotant qui donne une complète liberté de mouvement à l'ouvrière. Le garnissage se fait en tendant les cordons de paille d'un bord à l'autre du châssis. Ces cordons sont mis en place à l'aide du "LISS0IR" appelé aussi "ARRANGEOIR".

c) Bourrage ou rembourrage. Il a pour but de renforcer le paillage et de donner une bonne rigidité au fond. Des bouchons de paille sont introduits entre les deux épaisseurs de cordons de manière à bien les tendre. On opère à l'envers du fond en utilisant le "BOURROIR" qui facilite la pénétration de la paille jusque dans les coins (voir dessins pages suivantes).

Le cannage.

Le cannage à jour est dit "cannage parisien" ou "cannage français" (initialement "cannage anglais").

Il est traditionnellement monté avec six brins de "canne" dont la largeur varie de 1,8 mm à 2,8 mm suivant la grosseur des trous et leur écartement. Le travail se déroule en trois phases : le montage, le garnissage, le recouvrement.

a) Montage. Un canevas est d'abord monté avec quatre brins de "canne" travaillés par paire. La première paire est tendue dans le sens de la profondeur du châssis et la deuxième paire dans le sens de la largeur; elle est entrelacée dans la première à un angle de 90° à l'aide d'aiguilles spéciales.

b) Garnissage. Deux autres brins de "canne", plus larges que ceux du "montage", sont entrelacés séparément dans le quadrillage du canevas et dans le sens des diagonales. Ils croisent les brins de "montage" à un angle de 4$° et se croisent entre eux à 90°.

c) Recouvrement. Cette dernière phase du travail consiste en la pose d'une bordure de "recouvrement" sur les trous du châssis. Cette bordure - une "éclisse" de rotin de 3,5 à 4 mm de largeur - est cousue avec une "canne fine".

LA VIE DES CHAISIERS

L'organisation du travail. Les gains. L'écoulement de la production.

Les tourneurs-chaisiers du Fayl exercent leur métier en général à domicile. Ils se groupent parfois en petites unités de production: père et fils, frères associés ou encore familles alliées. Le travail est alors décomposé et chaque ouvrier, bien que connaissant parfaitement toutes les parties du métier, se spécialise sur un poste : traçage et découpage des bois, corroyage et tournage des pièces, assemblage, finitions.

Les femmes et les enfants en âge de travailler aident le chef de famille dans la mesure de leurs moyens. Ils préparent le bois, poncent et polissent, teignent, encaustiquent, vernissent, paillent et cannent.

Dans un univers âpre aux pauvres gens, le travail est le seul moyen dont disposent les paysans et les ouvriers pour lutter contre la pauvreté. Aussi, à la journée d'atelier du chaisier qui est de 12 à 14 heures, doit-on ajouter le temps passé à soigner les animaux domestiques, à jardiner etc. Mais l'artisan est relativement indépendant et il peut organiser ses activités comme il veut.

Les gains sont peu élevés. Au milieu du XIXème siècle une chaise paillée ordinaire est payée 2,10 F. à 2,20 F. par le marchand. De cette petite somme il faut déduire le prix du paillage (35 à 40 centimes) et la valeur du bois (environ 60 centimes). Pour deux chaises fabriquées par jour, le salaire du chaisier ne dépasse pas 2,50 F. (le kilo de pain blanc coûte 0,25 F. et le kilo de beurre 2,20 F.
En 1901 les prix des chaises, chez le fabricant, sont les suivants :
(référence : acte notarié).

- chaise rustique bois blanc 1,00 F. pièce

- chaise commune 1,85 F. pièce

- chaise ordinaire en frêne teinté 2,80 F. pièce

- chaise basse ordinaire 2,50 F. pièce

Presque toute la production est "levée" par les marchands-rouliers qui l'écoulent dans la région et dans les Provinces voisines. Ils se rendent dans les villes les jours de foires, visitent les villages et offrent aux populations rencontrées les produits du pays : objets de bois tournés, chaises, vanneries, toile de chanvre. Ils commercent aussi avec les boutiquiers.

L'avènement du chemin de fer, au milieu du XIXème siècle, provoque une véritable révolution dans le transport des voyageurs, des marchandises et du courrier. Beaucoup de marchands ambulants se "sédentarisent". Ceux du Fayl se créent une clientèle de commerçants détaillants; ils expédient les produits locaux par voie de fer dans toute la France et même à l'étranger.

Le perfectionnement des moyens de communication et une plus large ouverture sur le monde extérieur bouleversent les habitudes, certes, mais ont pour avantages directs un accroissement des débouchés et une valorisation des produits fabriqués. Il s'ensuit une augmentation importante des prix de l'ordre de 30 à 40 % et une amélioration sensible des salaires des chaisiers et des vanniers.

La condition sociale des chaisiers.

Dans le monde rural des XVIIème et XIXème siècles, la condition sociale des tourneurs-chaisiers est semblable à celle des tisserands et des vanniers. Quelques artisans parviennent à acquérir une petite aisance à force de labeur patient et d'épargne. Ils sont propriétaires d'un toit, d'un potager, d'un petit verger et parfois d'un "sillon", champ labouré de quelques ares destiné à la culture légumière. Pour les labours, les hersages et les charrois (légumes et affouages) l'artisan a recours à un ami cultivateur. Il s'acquitte des services rendus en donnant des journées de travail au temps de la fenaison et des moissons.

Ces travailleurs ne doivent leur relative indépendance économique qu'à leur courage et à leur travail opiniâtre. La maladie, l'accident, le chômage, l'incendie peuvent rompre à tout moment un fragile équilibre. Heureusement la solidarité villageoise est toujours prête à intervenir quand des membres de la communauté sombrent dans la détresse. Tout le monde observe cette règle de vie collective et celui qui l'enfreint se met fatalement au ban de la société (l).

Les tourneurs-chaisiers ont pour patronne SAINTE-ANNE et la vénération de la population du Fayl pour cette sainte est très grande aux XVIIème et XVIIIème siècles (2)

Les tourneurs-chaisiers en chiffres. De 1673 à 1805 . ( source : registres paroissiaux et communaux )

 

Périodes

 

1673-1700

1701-1730

1731-1760

1761-1790

1804-1805

Tourneurs et chaisiers de la première période:1673 à 1700.

25





20 à 30





20 à 25



2

25 à 30





30 à 35

Tourneurs en rouet.

Evaluation du nombre de tourneurs au cours de la seconde période: 1701 à 1805.

 

(1) A différentes époques la commune fournit des vivres aux indigents et procure du travail aux chômeurs en créant des "Ateliers       de Charité" :

- En 1814et 1815 lors des grandes invasions qui provoquent jusqu'en l8l7, chômage et disette.

- En 1846-1847 et en 1853 périodes de crises économiques.

- En 1854 pendant l'épidémie de choléra qui fait 150 victimes en deux mois.

- Durant la guerre et l'invasion de 1870 - 1870.

(2) Le quartier Sainte-Anne rappelle la présence en cet endroit d'une chapelle placée sous l'invocation de Notre-Dame-de-Liesse et de Sainte-Anne. Edifiée au XVIIème siècle, cette chapelle est démolie vers 1810. A la fête deSainte-Anne le 26 juillet se déroulait une procession solennelle (Histoire de Fayl-  Billot Abbé Briffaut.)

Paillage

 

Cannage

 

               

 

Chaises du XIX siècle
            

           

 

        
                   
  

Fabricants de chaises (gravure du livre de l'abbé Briffaut).


Au premier rang, de gauche à droite : Nous voyons un ouvrier qui taille une pièce de bois à la hache à dégrossir.(Travail qui pourrait être fait à l'aide d'un "coutre"). A coté de lui on remarque une très belle chaise de style; le dossier peut être attribué à l'époque Charles X (ou Directoire) et le piétement galbé à l'époque Louis-Philippe.

Un ouvrier debout porte une "conscience" sur sa poitrine; il maintient une chaise sur un établi. Cet établi de chaisier, très bas, supporte des vilebrequins à "conscience" et des ciseaux à bois.
Une ouvrière entreprend le paillage d'une chaise.
Au second rang, de droite à gauche : Un ouvrier debout présente une chaise de style Louis-Philippe(ou début Second Empire). La ceinture du châssis est conçue pour recevoir un fond canné.

Un autre ouvrier est occupé à percer des trous dans un cadre à l'aide d'un vilebrequin à "conscience".

Sur les murs de l'atelier sont suspendus des gabarits et divers outils:
scies, ciseaux, gouges, râpes, planes, équerre.


De 1836 à 1886
( source : registres de recensement de la population).

 

 

1836

1841

1846

1851

1856

1861

1866

1872

1876

1881

1886

Tourneurs et chaisiers

3l

32

35

51

44

48

53

54

61

60

56

Pailleuses professionnelles

?

?

?

?

9

7

?

?

?

14

10

Marchands de chaises (et de vannerie)

4

4

?

5

4

5

5

6

6

5

6

De 1891 a 1946 (source : registres de recensement de la population).

 

 

1891

1896

1901

1906

1911

1921

1926

1931

1936

1946

1992

Tourneurs et chaisiers

51

47

35

33

23

9

8

6

6

2

 

 

Railleuses professionnelles

l4

20

6

7

5

4

4

2

2

1

1

Marchands de chaises (et de vannerie)

6

6

4

4

4

?

?

?

 

 

 

 

 

 

N.B. On notera une importante progression du nombre de tourneurs-chaisiers à partir de 1866. Ce développement de la profession est une des conséquences de l'extension des réseaux commerciaux, extension due à la création des grandes lignes de chemin de fer : ligne Paris-Baie et ligne de Bâle à Chalindrey et à Gray mises en service en 1858; ligne de Chalindrey à Dijon créée en 1876-1877.

Après une stabilité d'une quinzaine d'années, s'amorce à la fin du XIXème siècle le déclin de cet artisanat local, atteint dans ses traditions par la mécanisation de l'outillage, la création des grandes fabriques de sièges qui ouvrent la voie de l'industrialisation. La guerre de 1914 porte le coup de grâce aux chaisiers.

En 1936 il ne reste plus que six chaisiers au Fayl : MM. DELAULLE Henri et MIOT Louis, rue de la Perrière, DELAULLE Pierre rue de la Maladière, COURTEBRAY François et COURTEBRAY Camille, son fils, rue du Regipoux, MIOT Léopold rue du chemin Neuf. Ce dernier poursuit son activité avec un ouvrier jusqu'en 1946; il s'éteint en 1948 à l'âge de 79 ans.

La dernière "rempailleuse", madame Marie MOREAU termine sa carrière ruelle du château au début des années 1950. La relève des "rempailleuses" et des "canneuses" ne se produira qu'en 1978 avec l'arrivée dans la profession de madame Odile GENTILHOMME, établie rue du Bois Banal.

Jusqu'à la guerre de 1914 il n'est pas fait mention de la profession de "canneuse" sur les registres de recensement de la population. Après la première guerre mondiale ces auxiliaires des chaisiers se confondent avec une nouvelle catégorie d'ouvrières les "canneuses-cloueuses" spécialisées dans la confection de revêtement "cannés" sur meubles de rotin. Le travail des anciennes canneuses est alors réduit à la réfection des sièges de style.

Plus de 400 TOURNEURS-CHAISIERS représentant 130 familles du Fayl figurent sur les registres paroissiaux et communaux de 1672 à 1946.

Les principales familles de tourneurs-chaisiers du Fayl:
classées dans l'ordre d'apparition sur les registres de recensement de la population.

1701:    RUAUT                1758:    MIOT                 1801:    MARCHAND                 1836:     CRANCE
1702:    PAQUET              1759:    VOISEY             1802:     JOLIVET                        1846:     MOREAU           
1705:    GUENOT             1767:    FAITOUT           1836:    ROGER                                         BAILLY
1707:    DOUSSOT           1769:    VARNEY                         MILLOT                                        DECHANET
1721:    DELAULLE         1779:    THEVENY                       BLUGEON                      1851:     CAULOT
1726:    MENNETRIER   1782:    PARISEL                         BRACONNIER              1866:      DEGAND

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